La lunette rotative est une bague graduée montée autour du boîtier qui remplit des fonctions de mesure ou de référence temporelle indépendantes du cadran. Ce n'est pas un ornement : c'est un outil, et sa géométrie détermine ce qu'il peut et ne peut pas faire.
La distinction fondamentale est entre lunette externe et lunette interne. Celle externe — la plus courante — tourne sur la lunette et est actionnée manuellement avec les doigts. Celle interne est creusée à l'intérieur du boîtier, sous le verre, et se commande avec une couronne dédiée : système adopté dans les compressor et super-compressor des années Cinquante, brevetés par Ervin Piquerez SA et utilisés par Jaeger-LeCoultre, Hamilton et Longines, puis repris par Seiko Alpinist et diverses versions de la Longines Legend Diver. L'avantage est réel : la couronne qui actionne la lunette interne peut être vissée, donc aucune eau n'entre pendant que vous réglez l'échelle.
Le second critère est le sens de rotation. Les lunettes unidirectionnelles tournent uniquement dans le sens antihoraire : si elles sont frappées accidentellement, elles décalent la référence vers un temps résiduel inférieur, jamais supérieur. Pour un plongeur mesurant le temps de fond en minutes, cela signifie que l'erreur va toujours dans le sens conservateur. Certaines versions ajoutent un système de verrouillage mécanique — aqua-lock ou similaire — qui immobilise la lunette pendant la plongée. Les lunettes bidirectionnelles, en revanche, portent généralement des échelles 24 heures pour le calcul GMT : elles doivent pouvoir tourner dans les deux sens car un fuseau horaire peut être en avance ou en retard.
Il existe aussi des configurations moins courantes. Le marqueur mobile indépendant — comme le pointeur en forme de maison en aluminium anodisé rouge sur la lunette de l'Enicar Jet Graph Mk III — est un indicateur séparé qui trace une deuxième référence sans déplacer toute la lunette. Dans le domaine militaire et spatial, la lunette rotative devient un minuteur de compte à rebours, avec une échelle inverse qui permet de compter en arrière. La lunette boussole de l'Alpinist, actionnée par la deuxième couronne, porte une échelle d'orientation qui n'interfère pas avec la lunette externe.
De l'établi, j'ai vu des lunettes en aluminium anodisé, céramique, aluminium saphir-satiné et acier satiné. L'aluminium est léger et s'grave bien, mais l'échelle s'use : sur les pièces vintage des années Soixante-dix et Quatre-vingts, trouver une lunette avec des chiffres encore lisibles est déjà un résultat. La céramique ne s'estompe pas mais s'écaille ; l'acier résiste mais réfléchit. Aucun matériau n'est neutre : chaque choix apporte un compromis qu'il vaut la peine de connaître avant d'acheter.