Le flyback n'est pas un chronomètre plus compliqué : c'est un chronomètre avec une étape de moins. Sur un chronomètre traditionnel, démarrer une nouvelle mesure nécessite trois gestes — arrêter, remettre à zéro, redémarrer. Le flyback les compresse en un seul : une unique pression ramène l'aiguille à zéro et la remet immédiatement en marche. Le mécanisme est né dans les années Trente, développé pour l'aviation militaire, et n'a conceptuellement pas bougé depuis.
J'en ai vu de nombreuses versions à l'établi. La substance ne change pas, mais la qualité d'exécution, si. Le retour de l'aiguille doit être instantané et propre — ce que les Français appellent retour en vol. Si l'aiguille hésite, tremble ou s'arrête à mi-course avant de sautillement en arrière, quelque chose ne va pas dans le levier ou le ressort de rappel. C'est l'un des tests les plus simples pour évaluer la qualité de construction d'un chronomètre.
La raison opérationnelle est concrète. Un pilote mesurant des segments de route consécutifs ne peut pas se permettre d'utiliser les deux mains pour trois opérations séparées ; son pouce suffit. Il en va de même pour toute situation où le temps n'attend pas et où les mains sont occupées. Ce n'est pas un caprice mécanique : c'est l'ergonomie appliquée à une complication.
Le flyback se distingue du rattrapante, avec lequel les clients moins expérimentés le confondent souvent. Le rattrapante — également appelé split-seconds — permet de mesurer les temps intermédiaires en gardant le chronomètre en marche : on arrête une aiguille superposée, on lit le partiel, puis on la fait rattraper la principale. Ce sont des fonctions différentes, elles répondent à des besoins différents, et les mouvements qui les réalisent n'ont presque rien en commun.
Il vaut la peine de rappeler que le flyback ajoute de la complexité au train du chronomètre et nécessite un calibrage précis du moment où le mécanisme de remise à zéro s'engage par rapport au redémarrage. Dans les calibres moins réussis, le flyback peut introduire une légère erreur de lecture au moment même du retour. Dans les calibres bien exécutés, cette marge est imperceptible. C'est l'un de ces détails que vous ne voyez qu'en le démontant, ou en observant très attentivement l'aiguille lors de l'actionnement répété.