La luminescence dans les montres est une technologie, pas un détail esthétique. Elle sert à lire l'heure quand la lumière manque, et dans certains contextes — subaquatique, militaire, aviation nocturne — cette fonction est aussi critique que le mouvement.
Le principe est photoluminescent : le matériau absorbe l'énergie lumineuse (solaire ou artificielle) et la restitue sous forme de lumière visible dans l'obscurité. Ce n'est pas de la fluorescence, qui cesse dès qu'on retire la source. Ce n'est pas de la phosphorescence radioactive, qui était la méthode standard jusqu'aux années soixante-dix. Les montres vintage traitées au radium ou au tritium émettaient de la lumière de façon autonome et continue, mais au prix de la radioactivité. J'ai démonté des dizaines de ces cadrans dans mon laboratoire milanais : la patine jaune-brun sur les index est précisément la dégradation de ces composés.
La référence actuelle est le Super-LumiNova, produit par la société suisse RC Tritec. La formule de base est l'aluminate de strontium dopé à l'europium — un oxyde métallique qui accumule les photons et les restitue lentement. Il n'est pas radioactif, ne se dégrade pas avec le temps comme le tritium, et ne jaunit pas le cadran. Il existe en degrés de qualité croissants : le Grade A est la norme professionnelle, le X1 offre une luminescence blanc-vert plus intense et plus durable, visible pendant des heures après une courte charge.
La couleur émise dans l'obscurité n'est pas toujours verte. Cela dépend de la formulation : le Super-LumiNova standard émet du vert, mais des variantes bleues, violettes et blanches existent. Rolex a développé sa propre version brevetée, la Chromalight, qui émet du bleu et revendique une durée supérieure à huit heures. Seiko produit en interne le LumiBrite, appliqué sur les index et les aiguilles des Prospex et de toute la gamme de plongée.
La quantité de matériau appliquée affecte directement les performances. Les index appliqués — c'est-à-dire tridimensionnels, collés ou vissés sur le cadran — peuvent contenir plus de pâte luminescente que les index imprimés, et cela se voit dans l'obscurité. Certains fabricants comme Arnold & Son ont utilisé le Super-LumiNova de façon scénographique, révélant des silhouettes de skylines urbains uniquement en l'absence de lumière. C'est un usage décoratif, éloigné de l'origine fonctionnelle du matériau, mais techniquement cohérent avec le principe.
Un aspect que les revues négligent : le Super-LumiNova appliqué en teintes beige ou crème à la lumière du jour — l'effet dit vintage — émet toujours de la lumière verte dans l'obscurité. L'apparence diurne et la couleur nocturne sont indépendantes. Ceux qui achètent une montre en s'attendant à une émission chaude même dans l'obscurité seront déçus.