Almanacco del Cinturino

Carbonio

En horlogerie, le carbone n'est pas un matériau unique : c'est toute une famille de solutions techniques qui partagent la matière première mais divergent radicalement par leur structure, leur processus de production et leur comportement mécanique. Les confondre est l'erreur la plus courante que j'entends faire, même par ceux qui travaillent dans le secteur.

Le point de départ est la fibre de carbone brute, des filaments d'atomes de carbone liés dans une structure cristalline. À partir de là, les chemins se séparent. Dans le carbone forgé, les fibres sont disposées aléatoirement dans un moule, imprégnées de résine époxyde et comprimées à chaud : le résultat est un composite avec une trame marbrée non reproductible, chaque pièce est différente de l'autre. Artya, Tissot avec la PRX, Casio Edifice l'utilisent. Dans le carbone unidirectionnel, les fibres courent toutes dans la même direction, le stratifié est plus anisotrope mais plus prévisible sous sollicitations axiales. Dans le carbone TPT de Richard Mille, on arrive à des couches extrêmement fines, orientées à 45° l'une par rapport à l'autre : pour se qualifier comme TPT, le stratifié doit peser moins de 100 g/m², sinon ce n'est pas du TPT, c'est juste un stratifié fin. Le Carbonium, utilisé par Ulysse Nardin dans la Freak X Gumball et par Romain Gauthier, part de déchets de fibre de qualité aérospatiale et les consolide en blocs qui sont ensuite usinés : la texture est plus riche et irrégulière que le forgé traditionnel.

Sur le plan des revêtements, le DLC (Diamond-Like Carbon) est du carbone amorphe déposé par PVD sur de l'acier ou du titane. Ce n'est pas un composite structurel : c'est un revêtement protecteur dur, anti-rayures, avec cette finition noire qu'on voit partout maintenant. Résistance à l'usure élevée, mais si le boîtier subit un coup violent, le DLC peut s'écailler car il est rigide, non élastique.

La frontière la plus intéressante que j'ai suivie ces dernières années est le spiral de balancier en carbone. TAG Heuer a développé le TH-Carbonspring par dépôt chimique en phase vapeur : des nanotubes de carbone cultivés dans un environnement contrôlé, infiltrés de carbone amorphe pour fermer la porosité. La collerette se forme pendant la croissance, éliminant une étape d'assemblage critique. Le résultat est amagnétique, plus léger que le silicium, résistant aux chocs. Je ne sais pas encore combien de temps il sera robuste comparé à un spiral Nivachron, mais l'approche de production est solide.

Il existe ensuite des hybrides de matériaux : CarbonGold de Bulgari combine l'or rose et la fibre de carbone depuis 1993, Norteq de Norqain revendique six fois moins de poids que l'acier, LUM-CAMO de Bell & Ross infuse Super-LumiNova dans la matrice de carbone. Chaque marque a son propre nom propriétaire. Derrière presque tous, il y a toujours le même couple de base : fibre plus résine, chaleur, pression.

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