Le barillet est le réservoir d'énergie d'un mouvement mécanique : un cylindre fermé dans lequel le ressort moteur est enroulé autour d'un arbre central. La tension accumulée dans le ressort se décharge lentement par la roue de barillet, mettant en mouvement le train d'engrenages. C'est la théorie. Ce qui compte vraiment en pratique, c'est comment les barillets sont combinés ensemble, car la configuration détermine non seulement la durée de la réserve de marche mais, surtout, la qualité du couple fourni à l'organe régulateur.
Les deux approches fondamentales sont la configuration en série et celle en parallèle. En série, les barillets sont chaînés : le premier alimente le second, le second transmet au train. Le système augmente la capacité énergétique totale sans élargir le mouvement — solution adoptée par Chopard avec la technologie Twin (deux barillets, 65 heures) et avec la Quattro (quatre barillets empilés en deux paires, jusqu'à 192-216 heures selon le calibre). En parallèle, en revanche, les barillets se déchargent simultanément. Le but n'est pas d'allonger l'autonomie mais de rendre le couple plus linéaire : les deux barillets du calibre 1304 d'AP fonctionnent exactement ainsi, délivrant une tension constante au balancier tout au long de la réserve de 56 heures. C'est un principe emprunté aux chronomètres marins du XVIIIe siècle.
Il existe aussi la configuration avec barillets superposés — twin stacked barrels — où les deux cylindres occupent le même encombrement en plan mais se développent en hauteur. Chopard l'utilise dans les calibres ultra-plats pour ne pas sacrifier l'épaisseur. De Bethune a développé les barillets dits autorégulants, brevetés avec deux variantes au fil des ans : le système maintient une tension plus uniforme pendant toute la décharge, réduisant l'écart de couple entre charge complète et charge quasi épuisée. Blancpain arrive à trois barillets en série dans le calibre 1315 de la Fifty Fathoms pour 120 heures d'autonomie ; Singer apporte quatre barillets en deux séries parallèles dans le Calibre 4 pour 144 heures à couple constant.
À l'établi, je vois souvent confondre longue réserve de marche et précision : ce n'est pas automatique. Un seul barillet bien construit et correctement dimensionné peut réguler mieux qu'un système à quatre barillets mal assorti. Le couple en sortie doit être stable, pas simplement abondant. Les mouvements Hi-Beat comme le Grand Seiko 9SA5 montent deux barillets justement parce que l'échappement à 36 000 vph consomme plus d'énergie : ici le second barillet n'est pas un luxe marketing mais une nécessité physique. Les roues de commande — les roues de cliquet qui bloquent le barillet en remontage — font partie intégrante du système et la qualité de leur usinage, y compris le chanfreinaison des dents, affecte la fiabilité du mécanisme de remontage à long terme.